Le musée Matisse a été créé le 8 novembre 1952 par Henri Matisse lui-même, au Cateau Cambrésis dans la ville où il est né le 31 décembre 1869. Le peintre offre à ses concitoyens les catésiens 82 œuvres qu’il installe dans l’Hôtel de Ville Renaissance. Transféré en 1982 au Palais Fénelon, qui ouvre le 8 novembre 2002 agrandi une première fois par les architectes Beaudouin de Nancy et plus récemment le 23 novembre 2024 après un nouvel agrandissement par l’architecte Bernard Desmoulin.
La Maison familiale d’Henri Matisse (ci-dessus) est un musée municipal, situé à Bohain-en-Vermandois, dans l'Aisne, crée en 2008 dans la maison d'enfance d'Henri Matisse. La famille Matisse, les parents et Henri Matisse nouveau-né, sont arrivés dans cette maison début janvier 1870. Henri Matisse a quitté Bohain 20 ans plus tard.
Le musée Henri Matisse
Henri Matisse - Nature morte aux livres
Bohain, 1890
Huile sur toile - 21,8 x 27,3 cm - Musée Matisse, Nice
Henri Matisse reçoit une boîte de peinture lors d'une convalescence : c'est une révélation. Il va suivre les cours de dessin de l'école Quentin de La Tour à Saint-Quentin et réalise sa première peinture à l'huile " Nature morte aux livres ".
Les années de formation
Après des études de droit à Paris, Henri Matisse se découvre une passion pour le dessin et la peinture. Il est alors souffrant et alité durant plusieurs semaines. Il suit les cours de l'école Maurice Quentin de la Tour à Saint-Quentin avant de retourner à Paris où il travaille avec William Bouguereau, tenant de l'école académique, puis auprès de Gabriel Ferrier, un orientaliste, à l'académie Julian. Malgré un échec au concours d'entrée de l'École des Beaux-Arts, il étudie auprès de Gustave Moreau, chef de file du courant symboliste, auprès duquel il apprend notamment la copie des grands maîtres. Entre sa toute première Nature morte aux livres (1890) et La Liseuse (1896) acquise par l'État, Matisse ne cesse d'élargir son univers. La découverte de la peinture de William Turner, lors de son voyage de noces à Londres en 1898 et plusieurs séjours en Bretagne, à Toulouse et en Corse, sont autant d'étapes capitales comme il l'indique à Tériade en 1952 : « La quête de la couleur ne m'est pas venue de l'étude d'autres peintures mais de l'extérieur - c'est-à-dire de la révélation de la lumière dans la nature ».
Vers 1895 - Huile sur toile
Donation Marie Matisse, 1982
Les couleurs aux tonalités brunes et assourdies mettent en valeur les reflets lumineux des pétales et donnent à la toile une atmosphère poétique. À l'arrière-plan, un miroir reflète le chevalet de l'artiste et donne une impression de tableau dans le tableau. Cette multiplication des espaces deviendra un élément constant des compositions de l'artiste qui s'intéresse à l'équilibre et aux « rapports entre les choses ».
Henri Matisse - Nature morte à la bouteille de Schiedam, 1896
Huile sur toile - Donation Marie Matisse, 1982
Henri Matisse - La Raie, d'après Chardin, 1897-1903
Huile sur toile
Donation de l'artiste, 1952
Matisse copie ici l'un des maîtres qu'il a le plus admiré, Chardin. Alors empreint des enseignements de Gustave Moreau, il réinterprète le chef-d'œuvre sous l'égide d'une nouvelle inspiration, celle de Cézanne et de sa manière de construire par la couleur.
Henri Matisse - La liseuse, Paris, hiver 1895
Huile sur bois
Dépôt du Centre Pompidou, Paris Musée national d'art moderne, Centre de création industrielle, 2002
Matisse représente ici Caroline Joblaud, sa compagne de 1894 à 1897, dans une scène intimiste.
Henri Matisse - Atelier de tisseur breton, 1895
Huile sur bois
Dépôt du Centre Pompidou, Paris Musée national d'art moderne, Centre de création industrielle, 2002
Matisse retrouve lors de son séjour breton de 1895 l'ambiance des maisons de tisseurs dans lesquelles il a passé son enfance à Bohain-en-Vermandois.
Henri Matisse - La fileuse bretonne, 1895
Huile sur toile marouflée sur carton
Achat en vente publique, 2019
Henri Matisse - La Pourvoyeuse, d'après Chardin, Paris, 1896-1903
Huile sur toile
Achat réalisé avec la participation du Fonds Régional d'Acquisition des Musées, 2018
Henri Matisse - Le Buffet, d'après Chardin, Paris, 1896
Huile sur toile
Dépôt du Centre National des Arts Plastiques, Paris, 2001
Henri Matisse - Profil de femme, Paris, 1894
Bronze
Exemplaire 7/10
Donation Marie Matisse, 1997
Cette première sculpture de Matisse représente Caroline Joblaud, sa compagne de 1894 à 1897 et mère de sa fille Marguerite.
« Un dessin est une sculpture, mais il a l'avantage de pouvoir être regardé d'assez près pour que l'on y discerne des suggestions de forme que la sculpture, faite pour porter à distance, doit exprimer beaucoup plus catégoriquement » (1908).
Formé, comme de nombreux artistes, à la maîtrise du dessin, Matisse le considère comme une technique à part entière qu'il peut décliner en plusieurs variantes qu'il ne retouche pas ou peu, préférant la reprendre depuis le début si le résultat ne lui convient pas. En témoignent les ouvrages qu'il publie en 1920 - Cinquante dessins - et 1943 - Dessins - Thèmes et variations dont la préface est signée par Louis Aragon. Lors de la création du musée en 1952 dans l'hôtel de ville du Cateau-Cambrésis, Henri Matisse offre 64 gravures et dessins dont il décide de chaque emplacement dans la salle qui leur est consacrée. Un ensemble unique bien étoffé depuis.
Don de Matisse en 1952
La sculpture
Henri Matisse a souvent expliqué qu'il faisait de la sculpture « pour se reposer de la peinture », « comme complément d'étude », « pour changer de moyen ». Au long de sa vie, il pratique constamment et simultanément les deux disciplines, réalisant pas moins de quatre-vingt-quatre sculptures entre 1894 et 1950. Ses premières œuvres semblent héritées d'un certain académisme, regardant encore vers le XIXe siècle à l'exemple du Serf, terminé en 1903, qui lui aura demandé cinq cents séances sur trois ans, seul nu masculin de sa production, comme en écho à Rodin (1840-1917) dont il a vu la rétrospective à l'Exposition universelle de 1900. Matisse s'inspire de l'antique, de Michel-Ange, mais il travaille aussi d'après des modèles vivants ou des photographies. Son inspiration essentielle est le corps féminin, les courbes, contre-courbes, les creux et les ondulations.
Le geste, le mouvement, la matière importent davantage que la ressemblance au modèle.
Henri Matisse - Grand nu assis, Nice, 1922-1929
Bronze
Exemplaire 0/10
Donation de l'artiste, 1952
Henri Matisse - Henriette II, Nice, 1927
Bronze
Exemplaire 4/10
Donation Claude Duthuit, 1982, en hommage à sa mère Marguerite Duthuit
Henri Matisse - Henriette I, Nice, 1925
Bronze
Exemplaire 1/10
Don Maria-Gaetana Matisse, 1999
Les quatre Dos ne sont pas quatre sculptures différentes mais différentes étapes d'une même sculpture de nu féminin à laquelle Henri Matisse travaille entre 1909 et 1930. La première est modelée en argile puis moulée en plâtre. Les trois suivantes sont sculptées directement dans le plâtre - versions originales que le musée présente ici -, puis fondues en bronze. Le musée Matisse expose également la version bronze de Dos I.
Découvrir les quatre versions réunies permet de prendre la mesure du travail mené par l'artiste, depuis les jeux de rondeurs et de courbes du corps féminin de Dos I jusqu'à la monumentalité du Dos IV, la brutalité de la matière de Dos II et la verticalité de Dos III. Une version encore antérieure existe, un Dos 0 dont la seule trace est une photographie de 1909.
« Je tends toujours vers un même but, explique Matisse, mais je calcule différemment ma route pour y aboutir ».
Henri Matisse - Nu de dos, premier état, Issy-les-Moulineaux, 1909
Bronze
Exemplaire 3/10
Donation de l'artiste, 1952
Henri Matisse - Nu de dos, deuxième état , Issy-les-Moulineaux, 1913
Plâtre, boisages, filasse, gomme laque
Plâtre original
Donation Famille Matisse, 2004
Henri Matisse - Nu de dos, troisième état, Issy-les-Moulineaux, 1916-1917
Plâtre, boisages, filasse, gomme laque
Plâtre original
Donation Famille Matisse, 2004
Henri Matisse - Nu de dos, quatrième état, Nice, 1930
Plâtre, boisages, filasse, gomme laque
Plâtre original
Donation Famille Matisse, 2004
Henri Matisse - Petit torse mince, Nice, 1929
Plâtre original
Donation Marie Matisse, 1982
Henri Matisse - Première nature morte orange, Orange Toulouse, 1899
Huile sur toile
Dépôt du Centre Pompidou, Paris Musée national d'art moderne, Centre de création industrielle, 2002
Matisse utilise ici la touche fragmentaire impressionniste afin de construire les volumes des objets par la couleur. Ombrés de noir, colorés de reflets lumineux, ces derniers s'ancrent dans une vive atmosphère.
Henri Matisse - Nu dans l'atelier, vers 1899
Huile sur toile
Donation Marie Matisse, 1982
Matisse utilise ici une palette froide. Cette toile apparaît après le séjour en Corse et son exploration de la touche impressionniste.
Le modèle, surplombant la scène, donne à apprécier le traitement du nu masculin et du contre-jour.
1903, retour dans le Nord
Au début de 1903, Matisse quitte Paris avec sa famille pour revenir dans le Nord. Malgré sa présence à une exposition collective à la galerie Berthe Weill quelques mois plus tôt, il a le sentiment d'aller d'échec en échec, incapable de vivre de sa peinture. Panne d'inspiration, sentiment que son projet artistique tourne court. Il a été malade, Amélie, son épouse, souffre d'anémie, les parents de celle-ci, les Parayre, atteints directement par le scandale Humbert - « la plus grande escroquerie du siècle » comme le titrera un numéro spécial de L'Assiette au beurre en août de cette année -, sont ruinés et ne peuvent plus aider la famille. Une période particulièrement noire. Vivant quelque temps à Bohain, Henri Matisse, soucieux de discrétion et d'apaisement, décide de s'installer à Lesquielles-Saint-Germain, petit village proche de Guise sur les bords de l'Oise. Il trouve ici une autre lumière, une autre atmosphère qui lui donnent le goût de se remettre au travail. À la fin de l'été, il rentre à Paris participer au nouveau Salon d'automne. L'année suivante, ce sera une première exposition personnelle à la galerie Ambroise Vollard.
Henri Matisse - Lesquielles-Saint-Germain, 1903
Huile sur toile
Donation Marie Matisse, 1997
Pour obtenir le calme nécessaire à l'exercice de son art, Matisse loue une petite maison à Lesquielles-Saint-Germain. C'est en peignant sur les bords de l'Oise qu'il va améliorer la souplesse de son exécution.
Henri Matisse - Fleurs dans un vase, Paris, 1903
Huile sur toile
Dépôt d'une collection particulière, 1989
Matisse se heurte à des difficultés pour vendre sa peinture. Il revient alors à une peinture traditionnelle, aux couleurs et à la touche plus classiques, avec des sujets plus à même de plaire aux amateurs.
Henri Matisse - Bord de canal près de Bohain, vers 1903
Huile sur carton
Dépôt d'une collection particulière, 1998
Henri Matisse - L'allée à la rivière, Bohain-en-Vermandois, 1903
Huile sur carton marouflé sur toile
Achat réalisé avec la participation du Fonds Régional d'Acquisition des Musées et du Fonds du Patrimoine, 2005
Henri Matisse - Le petit Capella, Bohain-en-Vermandois, 1903
Huile sur carton
Donation Marie Matisse, 1982
« La cage aux fauves »
L'expression a été forgée par le critique d'art Louis Vauxcelles rendant compte du Salon d'automne au Grand Palais dans le quotidien Gil Blas du 17 octobre 1905 (« Donatello chez les fauves » écrit-il à propos d'une statue d'Albert Marque).
Henri Matisse, qui vient de passer deux étés de suite dans le sud - Saint-Tropez avec Signac et Cross, puis Collioure avec Derain -, expose aux côtés de Derain, Camoin, Manguin, Marquet, Vlaminck... s'attirant ce commentaire du critique : « Il a du courage, car son envoi (...) aura le sort d'une vierge chrétienne livrée aux fauves du Cirque. M. Matisse est l'un des plus robustement doués des peintres d'aujourd'hui, il aurait pu obtenir de faciles bravos : il préfère s'enfoncer, errer en des recherches passionnées, demander au pointillisme plus de vibration, de luminosité. Mais le souci de la forme souffre ».
Pour nombre d'observateurs, Matisse passe pour le chef de file de ce courant où priment la lumière et la couleur, étape capitale dans l'art de ce début du XXe siècle. « Orgie de tons purs » écrit encore le critique.
Henri Matisse - Portrait de Marguerite, Collioure, hiver 1906-printemps 1907
Huile sur toile
Dépôt d'une collection particulière, 1996
Matisse réalise le portrait de sa fille Marguerite à de nombreuses reprises et dans de nombreux medium, faisant d'elle l'un de ses modèles récurrents. Ce portrait peint est à voir sous le prisme de l'influence de l'art africain récemment découvert par l'artiste. Le dessin des yeux, la rondeur du visage, les proportions régulières et les aplats de couleurs viennent sculpter à la manière d'un masque les traits de Marguerite.
Henri Matisse - Collioure, rue du soleil, Été 1905
Huile sur toile
Achat réalisé avec la participation du Fonds Régional d'Acquisition des Musées et du Fonds du Patrimoine, 1996
En se confrontant au vif éclaircissement de la Méditerranée, Matisse fragmente sa touche, sature ses couleurs et suggère les surfaces frappées de lumière, comme s'effaçant sous celle-ci.
Henri Matisse - Bord de mer à Collioure, 1905
Aquarelle sur papier
Achat réalisé avec la participation du Fonds Régional d'Acquisition des Musées et de l'association des Amis du musée Matisse, 2008
Henri Matisse - Coquelicots et Iris I, Tanger, 1912
Huile sur toile
Achat réalisé avec la participation du Fonds Régional d'Acquisition des Musées, du legs Lydia Delectorskaya et de la Fondation Mercian, 2002
Henri Matisse - Coquelicots et Iris II, Tanger, 1912
Huile sur toile
Achat réalisé avec la participation du Fonds Régional d'Acquisition des Musées, du legs Lydia Delectorskaya et de la Fondation Mercian, 2002
Ces deux toiles forment un ensemble unique dans l'œuvre du maître, un diptyque décoratif partageant le même sujet végétal, la même touche et palette de couleurs. Elles furent certainement réalisées lors de son séjour à Tanger en 1912.
Henri Matisse - Marguerite au chapeau de cuir, Paris, 1914
Huile sur toile
Legs Marie Matisse, 2002
En 1914, ce portrait de Marguerite apparaît comme une note édulcorée dans un monde ébranlé par la guerre. Fait de lavis de couleurs claires s'affiliant à sa production marocaine, le portrait dégage une certaine tendresse assumée par l'artiste. « Pourtant je crois que l'expression essentielle d'une œuvre dépend presque entièrement de la projection du sentiment de l'artiste, d'après son modèle et non de l'exactitude de celui-ci. » - Matisse, préface de Portraits, Monte-Carlo, 1954.
Les années vingt
« Aujourd'hui, Matisse est maître de lui-même. Il est en pleine et complète possession de tous ses moyens. Totale conquête ». En 1920, Marcel Sembat, journaliste, député proche de Jean Jaurès, ancien ministre, publie chez Gallimard la première monographie consacrée à l'artiste. Installé à Nice depuis 1917, Matisse est régulièrement exposé dans les grandes galeries parisiennes mais aussi à l'étranger - New York dès 1908 puis Londres en 1915 et 1927 -, sa notoriété va grandissant. Il se lance en ces années dans la série des Odalisques inspirées de voyages au Maghreb. En 1930, une première rétrospective internationale est organisée à Berlin : 265 œuvres y sont présentées. Cette même année, il embarque pour Tahiti.
Henri Matisse - Odalisque, brasero et coupe de fruits, 1929
Lithographie sur papier vélin d'Arches
Épreuve 97/100
Donation Marie Matisse, 1982
Cette lithographie reproduit la composition de l'Odalisque couchée, harmonie rouge, peinte à Nice en 1927.
Henri Matisse - Le violoniste, Nice, 1918
Fusain sur toile
Donation Marie Matisse, 1982
Matisse capture au fusain la silhouette de son fils Pierre alors que ce dernier s'attèle à la pratique du violon. Cette esquisse s'insère dans la première saison niçoise de l'artiste, lorsque la solitude si recherchée est interrompue quelques jours par la visite de ses enfants. Cette silhouette du musicien, solitaire et empreinte d'une certaine mélancolie, semble refléter l'état d'esprit de l'artiste à cette période.
Henri Matisse - Nu renversé au brasero, 1929
Lithographie sur papier vélin d'Arches teinté
Épreuve 40/50
Donation Marie Matisse, 1982
Henri Matisse - Orientale à la croix trifoliée, 1929
Lithographie sur papier vélin d'Arches
Épreuve d'artiste 7/10
Donation Marie Matisse, 1982
Henri Matisse - Nu, odalisque au coffret, 1929
Lithographie sur papier vélin d'Arches
Épreuve 40/50
Donation Marie Matisse, 1982
Henri Matisse – Autoportrait, Nice, 1-16 janvier 1918
Huile sur toile
Donation Marie Matisse à l'État Français pour dépôt au Musée départemental Matisse, 1978 Établissement public du musée d'Orsay, Paris
« Je suis rentré à l'hôtel et j'ai fait mon portrait dans mon armoire à glace... »
Lettre de Matisse à sa femme, 1er janvier 1918.
Henri Matisse - Le renard blanc, 1929
Lithographie sur papier vélin d'Arches
Épreuve d'artiste 6/10
Donation Marie Matisse, 1982
Tahiti, un voyage fondateur
Fin août 1935, Matisse répond par l'intermédiaire de son fils Pierre à une commande de tapisseries pour les ateliers de Marie Cuttoli, créatrice de mode et de tapis qui collabore alors avec des artistes tels que Braque, Picasso, Léger, Lurçat, Rouault, Dufy, Le Corbusier. Il propose de reprendre le sujet de l'une des planches (eau-forte) réalisées pour le recueil Poésies de Stéphane Mallarmé. Un premier carton, exécuté à l'huile et intitulé
Papeete ou Fenêtre à Tahiti 1, voit le jour.
Peu satisfait du résultat, Matisse décide de reprendre le carton et de reporter le calque sur une nouvelle toile.
Le carton de cette seconde version peint à la détrempe est achevé le 15 mars 1936.
Fenêtre à Tahiti Il ou Tahiti Il présente une fenêtre encadrée par une bordure décorative bleu outremer. À gauche, un rideau transparent s'écarte laissant voir une balustrade rouge et entre deux arbres d'un vert vif, un bateau blanc à quai. Au loin l'île de Moorea et ses sommets volcaniques se profilent. En bas à droite, la signature du peintre s'intègre dans la toile de façon visuelle sous la forme d'un monogramme : H.M.
Ce second modèle « avec ses grands aplats de couleur » ne sera jamais tissé.
La femme au luth
14 mai 1949-23 octobre 1950
Tapisserie de haute lisse
Laine
Réalisation Manufacture des Gobelins, Paris, d'après un carton d'Henri Matisse Exemplaire 2/2 destiné à l'artiste Donation Henri Matisse, 1952
Henri Matisse - Deux jeunes filles, la robe jaune et la robe écossaise
Nice, 2-16 novembre 1941
Huile sur toile
Dépôt du Centre Pompidou, Paris Musée national d'art moderne, Centre de création industrielle, 1996
Dès les années trente, Matisse utilise les papiers découpés comme méthode de travail qui l'aide à agencer les compositions de ses œuvres et lui permet d'apporter des modifications. Dans les années quarante, ils deviennent une technique artistique à part entière qu'il utilisera jusqu'à la fin de sa vie.
Matisse découpe aux ciseaux, sans dessin préalable, des feuilles gouachées par une assistante. Puis il compose une œuvre sur un support avec les formes découpées et les chutes qu'il place, déplace, ajoute ou retire jusqu'à obtenir l'équilibre et l'harmonie parfaite.
Une donation, en 2012, par la famille de l'artiste, d'un ensemble de plus de quatre cents éléments en papiers gouachés découpés, non utilisés, est venue enrichir la collection du musée. Ces éléments non détruits par Matisse sont considérés comme « une réserve de signes et de formes » dans laquelle l'artiste aurait pu « piocher » pour réaliser d'autres compositions; des éléments qui, à un moment donné, ont été découpés, essayés, positionnés, mais n'ont finalement pas intégré « la partition générale » comme l'expliquait Matisse à André Verdet.
Le Nu bleu IV, présenté au musée Matisse de Nice, est la matrice des trois autres. Il est composé de nombreux ajustements de papiers bleus, contrairement aux Nus 1, Il et III, exécutés d'un seul coup de ciseaux.
Mon bleu c'est le bleu du tube. N'importe qui peut copier mes tableaux. Il n'y a qu'à savoir que c'est tel bleu : cobalt, outremer, plus ou moins épais, et c'est sa quantité et son épaisseur qui font sa qualité.
Henri Matisse – Escargots, 1953
Encre de Chine sur papier découpé
Don Marie Matisse, 1995
Cet ensemble composé de quinze dessins de spirales a été réalisé pour le mausolée de Lasker.
À l'issue d'une lourde opération subie à Lyon en janvier 1941 dont il se rétablit malgré les pronostics pessimistes des médecins, Henri Matisse se remet au travail. Convaincu, comme il le confiera, que le temps qu'il lui reste à vivre est un cadeau, il entend désormais faire ce qu'il lui plaît « sans penser à ce que les autres attendent et exigent ». De la production de ces années, émergent des toiles majeures : Intérieur aux barres de soleil (1942) - « audace de la couleur » écrit à son propos Aragon -, Deux jeunes filles, la robe jaune et la robe écossaise (1941) - les modèles sont Nézy, la brune, descendante d'un sultan de Turquie et Lydia, la blonde, qui ne quitte plus le peintre -, Nu rose, intérieur rouge (1947), Femme à la gandoura bleue (1951) acquise par le musée en 1992. De nombreuses encres de Chine : un portrait de Lydia, une Haïtienne, sans oublier les linogravures pour Pasiphaé de Montherlant (1944) et les lithographies pour Florilège des Amours de Ronsard (1948).
Henri Matisse - Nu rose, intérieur rouge
Huile sur toile
Dation Pierre Matisse, 1991
Dépôt du Centre Pompidou, Paris Musée national d'art moderne, Centre de création industrielle, 1993
Henri Matisse - Jeune femme à la pelisse sur fond rouge, 1944
Huile sur toile
Donation Alice Tériade, 2000
Henri Matisse - Femme à la gandoura bleue
Nice, décembre 1951
Huile sur toile
Achat réalisé avec la participation du Fonds Régional d'Acquisition des Musées et du Fonds du Patrimoine, 1992. Cette peinture est l'une des dernières réalisées par l'artiste. Elle représente, à l'aide de larges touches de couleurs vives une femme vêtue d'une gandoura issue de la collection de l'artiste.
Plusieurs des jeunes femmes qui posèrent pour Matisse étaient d'origine russe - Olga Markova-Meerson, Hélène Galitzine-Mercier, Lydia Delectorskaya, sa fidèle pendant vingt ans -, certaines arrivées en France avant la révolution de 1917, d'autres plus tard.
Au tout début du siècle, Matisse avait choisi ses modèles parmi ses proches - Amélie son épouse, Marguerite sa fille. Certaines de ces modèles ne posaient que le temps de quelques séances ; d'autres revenaient régulièrement, telles Laurette en 1916-1917 ou Henriette Darricarrère, modèle pour une série d'œuvres pendant plusieurs années (Henriette I, II, III et Grand nu assis). Il y eut aussi une comtesse italienne, l'arrière-petite-fille d'un sultan de Turquie ainsi que Monique Bourgeois, d'abord son infirmière avant d'entrer chez les Dominicaines sous le nom de sœur Jacques-Marie.
Quelques-unes furent représentées avec des robes choisies avec soin par Henri Matisse selon ses inspirations et ses fixations du moment: période des Odalisques (dans les années vingt), jeu des toilettes colorées et des poses dans des environnements d'objets toujours choisis avec soin. Beaucoup de ces modèles, notamment Lydia, ont témoigné de ces moments suspendus qu'étaient les séances de pose avec Henri Matisse, forcément basées sur une extrême confiance entre le peintre et son modèle.
Lydia Delectorskaya a été la plus fidèle de ses modèles, tout à la fois muse, inspiratrice, assistante, compagne de tous les instants à partir de l'été 1930 jusqu'au dernier souffle du peintre, le 3 novembre 1954. Quelques heures après sa mort, elle s'éclipse. Elle consacrera le reste de sa vie à faire connaître l'œuvre d'Henri Matisse. Elle meurt le 16 mars 1998 à Paris.
Henri Matisse - Portrait de Lydia, 1946
Encre de Chine sur papier
Legs Lydia Delectorskaya, 1997
Henri Matisse – Masque, 1946
Lithographie sur papier vélin d'Arches
Épreuve 17/25
Donation Marie Matisse, 1982
Lydia Delectorskaya photographiée par le marquis Rolando Ricci
Modèle d'Henri Matisse dès les années 1930 et assistante jusqu'à la fin de la vie de l'artiste, Lydia Delectorskaya pose ici pour le marquis Rolando Ricci, vêtue de la robe « arlequin », de la robe de tulle brodée d'or ou encore de la robe à jabot.
La robe écossaise, visible dans le tableau Deux jeunes filles, la robe jaune et la robe écossaise, pour lequel Lydia pose aux côtés de Nézy, est achetée par Matisse, à Paris, dans une boutique de luxe proche de la rue de la Boétie.
En 1936, un lot de six robes et des chapeaux est acquis par l'artiste et porté par ses modèles.
À l'hiver 1950, Henri Matisse, qui vient de fêter ses quatre-vingts ans, dessine les visages de trois de ses petits-enfants sur le plafond de sa chambre de l'ancien hôtel Regina de Nice qu'il occupe depuis 1938 : Jackie, fille de Pierre Matisse et Alexina Teeny Duchamp ; Gérard, fils de Jean Matisse ; Claude, fils de Marguerite Matisse et Georges Duthuit.
Depuis sa convalescence après l'opération de 1947, la chambre est devenue son atelier : le matériel a été installé de telle façon qu'il peut en disposer facilement, assis ou allongé. Le mur, puis le plafond, deviennent le cadre de ses créations. Lydia Delectorskaya explique qu'il s'agissait « de l'exploit de tracer, sans le moindre tremblement, une image démesurée et cependant sensible, du bout d'un bambou long de deux mètres ». Henri Matisse confie qu'il a dessiné ses petits-enfants « pour les avoir sous les yeux, surtout pendant la nuit. Aussi, je me sens moins seul ».
« Cette œuvre m'a demandé quatre ans d'un travail exclusif et assidu, et elle est le résultat de toute ma vie active. Je la considère malgré toutes ses imperfections comme mon chef-d'œuvre ». Ces mots, qu'Henri Matisse écrit en juin 1951 dans une lettre à Monseigneur Rémond, évêque de Nice, ont été lus par le père Marie-Alain Couturier lors de la consécration de la chapelle bâtie pour les Dominicaines sur des plans de l'architecte Auguste Perret, qui a conçu le Théâtre des Champs-Élysées à Paris.
Matisse répond à la sollicitation d'un ancien modèle, Monique Bourgeois, devenue sœur Jacques-Marie et d'un jeune dominicain, frère Bertrand Rayssiguier. Il y travaille quatre ans, concevant un espace sacré où la pierre de l'autel, la lumière des vitraux, le marbre des sols, le métal doré et cuivré et le bois des ornements sculptés, le dessin du chemin de croix, le drapé des chasubles font de cet « espace spirituel et réceptacle de lumière, où rayonne tout le prisme céleste (...) une synthèse des arts, des cultures, de la joie et du drame, de la sensualité et de l'ascétisme ».
Henri Matisse - Maquette pour la chasuble blanche et or
Nice, fin 1950
Papier gouaché, découpé et collé sur papier marouflé sur toile
Achat réalisé avec la participation du Fonds Régional d'Acquisition des Musées, 1998
Henri Matisse - Vierge à l'Enfant
Étude pour la rosace de la façade de la Chapelle du Rosaire, Vence
Nice, 1951
Encre de Chine et gouache sur papier marouflé sur toile
Donation Gérard Matisse, 1983
Henri Matisse - Tête de Saint Dominique
Étude pour la Chapelle du Rosaire, Vence, 1948-1949
Fusain sur plâtre marouflé sur toile
Don à l'État pour dépôt au musée Matisse
Établissement public du musée d'Orsay, Paris, 1982
Henri Matisse - Crucifix, Chapelle du Rosaire, Vence
Nice, 1949-1950
Bronze - Exemplaire 0/1
Donation Marie Matisse, 1982
« Le Christ d'autel doit-il présenter le plus d'imitation avec la réalité organique ? Ou bien un signe représentant le Christ est-il suffisant ? »
Matisse, lettre au Père Couturier, 1er mars 1950
Henri Matisse - Le Platane, 1952
Peinture sur carreaux de céramique
Donation Alice Tériade, 2000
Tériade recevait ses amis dans sa salle à manger assez étroite. Pour « l'agrandir », Matisse peint en noir sur les carreaux blancs un arbre monumental dans un angle, utilisant le même procédé que celui de la Chapelle de Vence. Il crée également un vitrail à la place d'une des deux fenêtres. Les couleurs du vitrail viennent ainsi équilibrer le dessin en noir et blanc en face. L'inspiration de Matisse pour l'arbre est à chercher du côté des calligraphies chinoises, comme il l'explique à son ami Rouveyre.
Henri Matisse - Vitrail Les poissons chinois, Juillet - octobre 1951
Maître verrier : Atelier Bony, Paris Donation Alice Tériade, 2000



















































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