Née de la révolution industrielle au XIXe siècle, la Ville de Roubaix s’est façonnée une identité forte autour du textile. La Redoute, créée en 1837 par Joseph Pollet, est avant tout une histoire d’entrepreneurs audacieux installés à Roubaix. Le musée La Piscine propose de raconter cette success-story, née d’une filature familiale réputée pour ses tissus et tricots d’une rare finesse. Au fil du temps, l’enseigne est devenue leader de la vente par correspondance en Europe avant de s’imposer comme un acteur majeur du e-commerce français dans les secteurs du Prêt-à-Porter et de la Maison-Décoration.
Visionnaire, la marque a jeté les bases du commerce moderne avec des innovations majeures : démocratisation de la mode avec le premier catalogue de vente à distance en 1928, département « Ménage-ameublement-loisirs » en 1956, carte de crédit Kangourou en 1968, « Créateur invité » dès 1969, service Minitel en 1982, « 48 h Chrono » en 1984 qui passera à « 24 h Chrono » avant que n’arrive la révolution internet. Autant de nouveautés qui jalonnent son histoire.
L’exposition se propose de retracer, au-delà de cette révolution commerciale, le rôle de La Redoute dans l’évolution de la société et des modes de consommation. S’appuyant sur ses archives, publicités, catalogues de ventes, témoignages, cartes postales, photographies, vêtements, sont présentés au fil d’un parcours riche en découvertes. Cette rétrospective met aussi en lumière les collaborations avec les couturiers et créateurs de prêt-à-porter renommés (Yves Saint Laurent, Issey Miyake, Azzedine Alaïa, Sonia Rykiel, Jacquemus, Kevin Germanier…), les designers phares (Sam Baron, Constance Guisset, Philippe Starck, Jean-Michel Wilmotte, Christian Lacroix) et les mises en scène de célébrités photographiées par Dominique Issermann et Kate Barry entre autres.
Commissariat
Karine Lacquemant, conservatrice des collections Arts-Appliqués à La Piscine – Musée d’art et d’industrie André Diligent, Sylvette Lepers, responsable partenariats créateurs & Image à La Redoute, Sandrine Tinturier, responsable des archives à la Fondation Azzedine Alaïa.
Cette exposition bénéficie du soutien exceptionnel de La Redoute. La scénographie est réalisée grâce au généreux concours des peintures Tollens.
Au début du XIXe siècle, la ville de Roubaix connaît une transformation spectaculaire avec l'essor de son industrie textile. La «capitale de la laine peignée» devient au XXe siècle le nœud européen de la vente à distance. C'est dans ce contexte que naît La Redoute, fondée en 1837 par Joseph Pollet, figure visionnaire de l'entrepreneuriat roubaisien.
Reconnue pour la qualité de ses tissus et de ses tricots, la filature familiale franchit un tournant décisif en 1928 avec la parution de son premier catalogue de vente à distance. Celui-ci inaugure une nouvelle ère en démocratisant l'accès à la mode et à l'équipement de la maison.
Du catalogue papier au e-commerce, La Redoute multiplie les innovations: diversification de l'offre, création de la carte de crédit Kangourou, service sur Minitel, dialogues avec des créateurs de mode et des designers, livraisons accélérées avec le « 48h Chrono », commandes à distance et valorisation de l'image.
Autant d'initiatives pionnières qui marquent durablement son histoire et celle de la consommation en France.
Aujourd'hui, le musée La Piscine, lieu emblématique de l'histoire industrielle de la ville, propose de retracer cette succes-story.
A la croisée de la mode, du design et de la publicité, cette exposition met en lumière cette révolution commerciale mais aussi ce lien que La Redoute a su tisser avec plusieurs générations.
Catalogue de vente par correspondance
Automne Hiver 1929-30
Filatures de La Redoute
Léon Raffin (1906-1996), illustrateur
Dans les années 1920, La Redoute soigne son image publicitaire, elle fait appel à de créateurs de talent comme Léon Raffin, Sepo ou Grand Aigle qui s’inspirent de l’esthétique Art déco.
Roubaix La Piscine Musée d’art et d’industrie André Diligent - Inventaire 2004-3-1
Catalogue de vente par correspondance
Automne 1930 Hiver 1931
Filatures de la Redoute
Un grand magasin dans une grande usine
Archives Médiathèque. Roubaix
Des femmes à l'ouvrage
Les représentations photographiques des ouvrières au travail, plus encore que celles des ouvriers, offrent au patron de l'usine un moyen de valoriser son entreprise. Éminemment photogéniques, les toutes jeunes femmes sont un sujet de choix pour les albums patronaux.
Avec un effectif à 90 % féminin, les filatures de la Redoute ne négligent pas cette coutume et prennent soin de saisir leur armée industrieuse au sein des ateliers et à la sortie de l'usine. Pourtant, ces portraits de groupe figés en cartes postales dans leur beau bâtiment aux équipements modernes, ne sont pas seulement conçus à la gloire du patronat, ils seront envoyés à la clientèle de l'entreprise.
La Redoute entend, par la diffusion de ces scènes de travail, réduire la distance qu'induit la vente par correspondance. Les cartes postales, comme un miroir, présente aux quelques 600 000 clientes de La Redoute en 1928, l'image de celles qui travaillent pour elles.
Elsa Schiaparelli (1890-1973)
Maillot de bain en tricot de laine bleu - Vers 1930
Collection Fondation Azzedine Alaia, Paris Inv. FAA.SCH.079
Anonyme - Vers 1940
Maillot de bain en jersey de laine bordeaux
Musée des Arts Décoratifs, Paris
Inv. PR 2026-62-40
Lanvin - Maison fondée en 1889
Ensemble de sport en jersey de laine rouge, belge, et noir, débardeur écharpe et paire de gants - Vers 1930
Collection Fondation Azzedine Alala, Paris Inv. FAALAN.0094.1 2 3.1-2
La Redoute habille la famille
Au milieu des années 1930, Pénélope adopte la photographie des modèles tricotés en couverture. Sur des aplats vivement colorés, s'affiche la photo d'un homme, d'une femme, d'un enfant, portant le modèle du mois. Pénélope habille toute la famille, semble dire la revue. Les mannequins sont beaux, les gilets, les pullovers et autres ensembles aux points complexes et aux raffinements nombreux sont seyants.
Chacune des couvertures renvoie à la fierté du fait-main et au bonheur du partage familial. L'ouvrage tricoté est mis en valeur, le noir et blanc de la photo rend compte de la technique à maitriser. Dix ans après sa création, Pénélope encourage l'esprit de transmission, signifie aux femmes qu'il est possible, à moindre coût et par la seule habileté de leurs mains - et le concours des filatures de la Redoute - d'acquérir le don de vêtir toute sa famille de manière originale.
La maille accompagne les sports et les loisirs
Dans les années 1920, l'engouement pour les loisirs et les activités sportives dessine une nouvelle garde-robe où la maille triomphe.
Élastique et confortable, la maille incarne la modernité et l'émancipation de femmes qui veulent, et peuvent désormais, bouger librement. Le corps féminin s'affiche en maillot de bain, se muscle en tenue de patineuse ou de golf, respire.
Les couturiers ouvrent des rayons et des griffes dédiés au sport.
L'esthétique fonctionnelle de vêtements conçus pour le sport, leurs lignes épurées et leurs coupes adaptées au mouvement, transcendent rapidement leur fonction initiale pour devenir une mode à part entière. Ce sportswear naissant rend possible un style de vie libre et pratique. Les filatures de la Redoute suivent le mouvement, proposant des catalogues dédiés aux loisirs Campagne, plage, sports et des modèles tricotés tout faits dans son catalogue Blanchemaille.
Les années 1950, l'équipement des jeunes ménages
Dans un pays en pleine reconstruction, la période des Trente Glorieuses voit l'essor du mobilier moderne dans une grande partie des foyers français, dynamisé par la réouverture du Salon des arts ménagers en 1948.
Désireuse de se diversifier, La Redoute a l'idée de lancer en 1956 un nouveau département « Ménage-Ameublement-Loisirs », dénommé Ventac, diminutif de vente à crédit, qui publie son propre catalogue jusqu'en 1964-1965, date à laquelle il est intégré au catalogue général.
Pour lui faciliter la tâche, la maîtresse de maison se voit proposer des appareils électro-ménagers et une cuisine en Formica facile d'entretien. Avec la troisième semaine de congés payés, la décennie va privilégier les loisirs, le catalogue, augmenté en 1961 de quarante pages, offre de l'outillage, du matériel de jardinage mais aussi des tentes de camping ou des vélos.
Catalogues La Redoute
Automne-hiver 1949-1950
Automne-hiver 1955-1956
Automne-hiver 1956-1957
Dès la saison automne-hiver 1935, le catalogue adopte pour sa couverture l'image de l'usine avec ses ouvriers et ouvrières garnie d'une feuille de chêne, symbole de force et de solidité. Cette nouvelle identité communique sur la capacité industrielle et le savoir-faire de l'entreprise nordiste.
La Redoute ou l'intuition de la grande distribution
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la maille n'est plus au cœur de l'offre de La Redoute, le catalogue automne-hiver comporte 124 pages avec des articles divers : vêtements, linge de maison, literie, tissus, rideaux..., sans oublier le corset amincissant ou l'imperméable pour la bicyclette.
La guerre va cependant imposer à La Redoute un silence de dix ans et il faut attendre 1949 pour que soit publié à nouveau un catalogue de 32 pages. Dans cette période où tout est à réinventer, La Redoute accompagne les foyers, les loisirs, le Noël des enfants et diffuse auprès de sa clientèle féminine le prêt-à-porter. Pour faire face à ces grands bouleversements et toucher le plus grand nombre, l'entreprise modernise ses outils de production et de communication, le catalogue passant à plus de 46 000 références en 1962 et à 500 pages en 1968.
Dans cette phase de transition, la décision est prise par La Redoute d'abandonner progressivement l'activité productive pour se consacrer exclusivement à la vente par correspondance.
Les années Yéyé
Les années 1960 prennent en considération une nouvelle classe d'âge: les adolescents. La génération des baby boomers (nés entre 1945 et 1960) - soit 1/3 de la population - se reconnaissent en Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Sheila ou Françoise Hardy, idoles « Yé-Yé » encensées par la revue Salut les copains qui parait en 1962. Dans les pages du catalogue de l'été 1965, ces icônes permettent à l'entreprise de se connecter à une clientèle plus jeune tout en s'adressant à tous les membres de la famille.
Bikini - Années 1960
Bikini en toile de coton vichy rose et blanc de la marque Lovable ayant appartenu à Brigitte Bardot
En 1946, c'est au styliste Louis Réard que l'on doit l'invention du bikini symbole de liberté. Avant même sa présentation officielle à la Piscine Molitor de Paris, la pièce fait scandale et aucun mannequin n'accepte de le porter. En 1949, « le plus petit maillot de bain du monde » est interdit sur les plages de France, Belgique, Espagne et Italie. En 1953, lorsque Brigitte Bardot se fait photographier en bikini sur la plage au festival de Cannes, la mode du deux-pièces est lancée.
Emmanuelle Khanh, la première collaboration
Dès 1969, avec l'avènement du prêt-à-porter, La Redoute fait appel à la créatrice Emmanuelle Khanh (1937-2017), dont les collections incarnent l'image d'une jeune femme libre et émancipée. La styliste dessine 32 modèles jupes, corsages, pantalons et veste près du corps) faciles à porter, pensés pour le plus grand nombre. Dans les années 1970, à l'heure des grands ensembles urbains, le design au ras-du-sol gagne les pages de La Redoute. Couple avant-gardiste, la styliste fait poser ses mannequins dans du mobilier gonflable de Quasar Khanh, pionnier du mobilier gonflable.
La publicité au service de La Redoute
Dans les années 1970-1990, La Redoute multiplie les opérations de communication innovantes avec comme marqueur de modernité la rapidité : dès 1974, les camionnettes vertes sillonnent la France arborant le slogan « Vite on livre ! », la marque multiplie les spots publicitaires et participe en 1985 à la caravane du Tour de France. L'entreprise nordiste sait également se montrer audacieuse dans le domaine de l'innovation technologique : elle installe dès 1961 les premiers ordinateurs IBM, fait ses premières expériences avec le Minitel en 1981 et deux ans plus tard, propose à sa clientèle de passer commande 24 heures sur 24 et d'être livrée en 48h chrono.
Le succès est au rendez-vous, en 1986 la catalogue atteint les 1232 pages et La Redoute fête la 15 millionième cliente.
L'âge d'or de la publicité
Dès les années 1970, La Redoute débute des campagnes d'affichage à l'occasion de la parution des catalogues. Plusieurs agences de renom vont promouvoir à grande échelle l'image de l'enseigne : Wunderman International, RSCG (Bernard Roux, Jacques Séguéla, Alain Cayzac et Jean-Michel Goudard), Devarrieuxvillaret ou Nomad. Sur les affiches publicitaires, la photographie sert d'outil pour illustrer et magnifier le message, associée à des textes courts sous forme de slogans, d'annonces ou d'injonctions dotés d'une bonne dose d'humour.
Les années stars - Haute-Couture, Design, Actrices
Les années 1990-2000 marquent une période charnière.
En 1992, le catalogue papier atteint des records avec 1250 pages tiré à 8 millions d'exemplaires. La marque poursuit et accroît sa notoriété avec le concept de « créateur invite ».
C'est le début d'une longue histoire. Des grands noms de la mode, Azzedine Alaïa, Karl Lagerfeld, Jean-Paul Gaultier et d'autres sont invités à concevoir des modèles exclusifs.
Ces échanges fructueux se poursuivent avec des designers reconnus comme Jean-Michel Wilmotte, Rena Dumas ou le très prolifique Philippe Starck. Toujours plus performante, La Redoute s'engage résolument, dès 1994, dans l'ère du numérique avec le lancement de son site Internet et de sa boutique en ligne. Ce virage stratégique intervient au moment où l'entreprise rejoint le groupe PPR (Pinault-Printemps-Redoute), devenu par la suite Kering.
De la commande à la réception, l'efficacité de La Redoute reste à la pointe dans un monde où tout va toujours plus vite.
Photographies par Dominique Issermann (1947)
Laetitia Casta - Catalogue automne-hiver 2005-2006
Emmanuelle Béart- Catalogue printemps-été 2003
Isabelle Adjani - Catalogue automne-hiver 2004
Vanessa Paradis - Catalogue automne-hiver 2003-2004
Les collaborations prestigieuses, qui témoignent du rayonnement de La Redoute, se multiplient et s'inscrivent désormais dans l'ADN de l'enseigne. Après avoir mis en avant les célébrités des années 1960 et les top-models des années 1990, La Redoute, sous l'objectif de Dominique Issermann, Kate Barry et Jean-Baptiste Mondino, initie des collaborations avec les actrices; autant de mises en scène comme des présences familières, inscrites dans des récits visuels privilégiant la proximité et l'intimité plutôt que la distance iconique.
Les années 2000, un nouveau chapitre
En 2015, confronté au déclin de la vente par correspondance et à l'essor du numérique, le catalogue papier, symbole de l'histoire de La Redoute, disparaît définitivement. Cette période marque aussi le début d'une renaissance : sous l'impulsion de nouveaux dirigeants, La Redoute se réinvente en se concentrant sur le e-commerce et en privilégiant deux secteurs : la mode et la maison.
Dans un contexte de profonde mutation du commerce et de son image, la marque, fidèle à son esprit pionnier, repère, accompagne et collabore avec une nouvelle génération de créateurs appelés à devenir des figures majeures de la mode.
Parallèlement, La Redoute investit davantage dans le design intérieur et l'univers de la maison, notamment à travers le développement des magasins AM.PM et la création de La Redoute Intérieurs.







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